Image d'un modéle 3D de Kusanagi

Avant de commencer, vous pouvez retrouver le podcast de cet article à ce lien. (Pardonnez-moi d’avance pour la prononciation de certains mots japonais.): https://histoiresetcompagnie.fr/podcasts-mythes-legendes-japon

Kusanagi, un des trois trésors sacrés du Japon

Aujourd’hui, je vous propose de nous rendre au pays du soleil levant, dans la mythologie japonaise. Nous allons parler d’une épée légendaire, Kusanagi. Ce n’est pas le seul nom qu’on lui donne, en effet elle en a plusieurs. Ame-no-murakumo-no-tsurugi ( épée du ciel aux nuages regroupés). Tsumugari-no-tachi (sabre de récolte des blés de la capitale) et Kusanagi-no-tsurugi (épée faucheuse d’herbes). Pour cet article, nous utiliserons le nom utilisé le plus couramment, Kusanagi. Elle est l’un des trois insignes du Japon avec le miroir sacré (yata-no-kagami) et le pendentif (yasakani-no-magatama). Mais avant de plonger dans la légende, découvrons son apparence.

Image des trois trésors du Japon. L'épée, le miroir et le bijou
Photo des trois regalia du Japon. L’épée (Kusanagi), le bijou (yasakani-no-magatama) et le miroir (yata-no-kagami)

L’apparence de Kusanagi

Cette arme n’a jamais été vu par le peuple japonais, seulement par quelques moines. D’ailleurs un prêtre Shinto Matsuoka Masanao qui a assisté aux rénovations du temple d’Atsuta ainsi qu’à celle de la boîte qui abritait l’épée a écrit:

Une boîte en pierre se trouvait à l’intérieur d’une boîte en bois d’une longueur de 150 cm, avec de l’argile rouge fourrée dans l’espace entre elles. À l’intérieur de la boîte en pierre se trouvait une bûche creuse d’un camphrier, agissant comme une autre boîte, avec un intérieur doublé d’or. Au-dessus était placée une épée. De l’argile rouge était également fourrée entre la boîte en pierre et la boîte en camphrier. L’épée mesurait environ 82 cm de long. Sa lame ressemblait à un calamusfeuille. Le milieu de l’épée avait une épaisseur de la poignée d’environ 18 cm avec une apparence comme une épine de poisson. L’épée a été façonnée dans une couleur métallique blanche et bien entretenue. »

Ce qui est surprenant, c’est que peu de temps après avoir vu l’épée, le grand-prêtre a été banni et les autres prêtres à l’exception de ce dernier sont morts de maladies étranges. Une malédiction? peut-être. En 688, le Kusanagi qui était placé dans le palais impérial et justement déplacé vers ce sanctuaire. Elle est accusée d’avoir causé la maladie de l’Empereur Tenmu.

Bien que ce récit décrive relativement bien l’épée, les avis divergent sur son apparence. En effet, d’autres pensent qu’elle pourrait ressembler à une épée à doubles tranchants courte et droite. Elle pourrait être faite soit en bronze, soit en fer ou même en fer météorique et pourrait dater de la période Jokoto. L’apparence de Kusanagi ouvre des débats. De plus, à cause de sa divinité et de son mythe personne ne peut la voir, ce sont donc des échanges qui n’auront jamais de fin. D’ailleurs quel est son mythe ?

Image de la potentielle apparence de Kusagami
Potentielle apparence du Kusagami. Source: sketchfab.com. Multipainkiller Studio

Allégorie de la lame

Nous sommes dans la province d’Izumo, une famille en deuil dirigée par Ashinozuchi demande l’aide du dieu Susanoo. Le dieu des tempêtes doit anéantir un dragon à huit têtes et mille queues du nom de Yamata no Orochi. Celui-ci a en effet déjà tué sept des huit filles de la famille, ils veulent donc protéger la dernière, Kushinada-Hime. Le dieu accepte mais en échange d’une chose, la main de cette dernière. Une fois la proposition acceptée. Susanoo explique son plan.

Autour de la maison, ils vont construire une palissade avec huit trous pour les huit têtes. À l’intérieur de ceux-ci se trouve une jarre de saké. Obnubilé, le dragon boit chaque jarre et devint soûl. C’est à ce moment que le dieu en profita pour coupé chaque tête et planter son épée dans le corps du dragon. À l’intérieur, se trouvait Kusanagi. Puissante et légère, elle est capable de fendre un arbre ou un rocher. Elle sera confiée à sa sœur, la déesse du soleil, Amaterasu, afin de régler un grief. Des générations plus tard, la déesse confiera l’épée à la princesse Yamatohime-no-mikoto, grande prêtresse du soleil qui la donnera à son neveu Yamato Takeru, troisième fils du douzième empereur Keiko. Il l’a banni de son territoire à cause de sa brutalité.

image de la déesse Amaterasu
La déesse du soleil Amaterasu
Image de Susanoo, frère d'Amaterasu
Susanoo, frère d’Amaterasu

Yamato Takeru et Kusanagi

Pour résoudre un conflit, le guerrier est envoyé par son père dans le pays d’Izumo. Avant de s’y rendre, il décida de retourner voir sa tante qui lui offrira plusieurs cadeaux. Ils serviront à le protéger et à mener à bien sa mission. Kusanagi était l’un d’entre eux.

Lors d’une chasse, il est attiré dans une prairie ou un chef de guerre perfide l’attend. Cet ennemi fit tirer des flèches enflammées pour créer une barrière de feu et le piéger jusqu’à qu’il soit brulé vif. Ce chef tue aussi son cheval pour empêcher son évasion. Yamato sortit alors son épée et commença à couper l’herbe et enlever le combustible. Grâce à ce geste, il découvre que Kusanagi peut lui permettre de contrôler le vent et le faire bouger dans la direction de son choix. Il utilise aussi le pouvoir des frappeurs de feu pour élargir les flammes en direction du seigneur et de ses hommes. Cet acte additionné au contrôle du vent permet d’envoyer l’incendie sur la bande et ainsi ce débarrassé d’eux. Suite à ce triomphe, Yamato rebaptise l’épée Kusanagi-no-tsurugi qui veut dire « épée coupant l’herbe ». Mais derrière cette définition, il y a de fortes symboliques.

image de la statue de Yamato Takeru située à Shizuoka.
Photo de la statue de Yamato Takeru située à Shizuoka au Japon

Symboles de l’épée

Totsuka-no-tsurugi sert avec les trois autres reliques lors de la cérémonie d’intronisation des empereurs.. Elle a beaucoup de significations comme la vertu et la bravoure. Cependant l’on a pu voir précédemment qu’elle est l’épée coupant l’herbe ou le sabre de récolte des blés de la capitale. Dans le shintoïsme, les hommes sont souvent comparés à l’herbe. Des expressions comme Ame no masuhito Aohitokusa sont généralement interprétées comme une bénédiction d’Izanagi, une divinité cocréatrice du monde et du Japon. Elle garantit la prospérité des humains qui dépend des céréales et des fourrages.

Une autre signification apparaît dans la légende de Yamato Takeru où, le nom de Kusanagi représenterait les conquêtes de la dynastie impériale qui soumet les tribus et féodalité rivales. Cela signifie alors que les guerriers ennemis seraient fauchés tel des blés par les épées de fers introduits à l’époque. Autrement dit, c’est la lame divine aux pouvoirs mystiques qui coupe court à toute opposition. Mais bien que ce soit une épée magique cela ne l’a pas empêché d’être perdue ou volée.

Image de Izanagi et Izanami
Izanagi et Izanami. Source: Mythologica.fr

Pertes de l’épée

Un recueil de 1371 nommé The Tales of the Heike explique que l’épée a été perdue en mer après la défaite des Heikes lors de la bataille navale Dan-no-ura, le 25 Avril 1185.

Dans cette histoire, la grand-mère de l’Empereur, Taira-No-Tokuko, apprend la défaite de la Marine. Suite à ça, elle conduit l’Empereur ainsi que son entourage à se suicider en se noyant dans les eaux du détroit. Ils emportent avec eux le joyau sacré et l’épée Kusanagi. Le miroir sacré quant à lui est récupéré in extremis juste avant qu’une dame d’honneur s’apprête à sauter dans la mer avec. Le joyau aurait été retrouvé dans un cercueil flottant sur les vagues. Par contre l’épée est perdue à jamais, heureusement une réplique a été forgée bien auparavant sous les ordres de Sujin Tenno, le dixième empereur du Japon. Elle est aujourd’hui l’un des trois insignes sacré de la maison impériale. L’originale quant à elle aurait été repêchée par des plongeuses pêcheuses de perles. Cependant on ignore à qui elles l’ont remise, sa position actuelle et son aspect à supposer qu’elle ait été conservée.

Une autre histoire explique que l’épée aurait été volée au sixième siècle par un moine de Silla mais son navire a coulé en mer. Par la suite, l’épée se serait échouée à Ise ou elle aurait été récupérée par des prêtres shintoïstes qui l’auraient conservée jusqu’à nos jours. Cependant étant donnée sa nature divine personne n’a pu la voir hormis certains élus. En résultent donc de nombreux doutes sur l’état exact de celle-ci.

Image de la couverture d'une édition de "The tale of the Heike" parue en 2014
Photo de la couverture d’une édition du recueil The Tale of the Heike parue en 2014

Statut actuel du Kusanagi

En 2019, lorsque l’Empereur Naruhito monte sur le trône, l’épée, le bijou Yasakani, le sceau de l’Empereur et le sceau de l’État sont montrés. Ils étaient cependant enveloppés dans des paquets. L’épée étant divine, pendant l’intronisation, elle est mise en place dans une boîte par le chambellan. Il y a tout de même une arme brandie lors de diverses cérémonies impériales mais ce n’est pas le Kusanagi.

Cette lame montrée à la population porte le nom de Hi no Omashi no Gyoken (épée du trône pendant la journée). Elle est proche de l’Empereur comme une amulette. Au fil du temps, l’épée à changé. Aujourd’hui c’est deux tachis fabriqués par les forgerons Nagamitsu et Yukihira qui jouent le rôle de l’épée. Mais ce ne sont pas les seuls sabres que la famille impériale possède. En effet, elle en a de nombreux autres qui sont gérées par l’agence de la maison impériale. L’une est d’ailleurs attribuée au prince héritier du Japon, le grand fils de l’Empereur.

Image de L'empereur Naruhito et de sa femme
L’empereur Naruhito et sa femme. Source: Bureau Impérial

Des artefacts pour le Prince

A vrai dire, ce n’est pas une épée mais deux tachis dont il a hérité. Tsubokiri no Mitsurugi qui veut dire épée qui coupe un pot et Yukihira Gyoken fabriquée par le forgeron du même nom, de l’époque Kamakura (1185-1333). Lors d’une cérémonie officielle de la maison impériale, les lames sont portées par le grand fils qui arbore un costume traditionnel de sokutai. Un vêtement seulement destiné aux courtisans et aristocrates à la cour de l’Empereur.

L’épée Tsubokiri est la plus importante que porte le prince. Elle est donnée par son père après la cérémonie de son investiture. L’originale, quant à elle, a été donnée par l’Empereur Uda lorsque Daigo, son fils est devenu prince héritier en l’an 893.

La deuxième arme, Yukihira Gyoken est obtenue de l’Empereur avant sa cérémonie d’inauguration. Elle est portée à divers événements impériaux. Il ne faut pas la confondre avec Hi no Omashi no Gyoken. En effet, ce sont là deux épées différentes.

Image du prince héritier Fumihito d'Akishino
Le prince héritier Fumihito d’Akishino. Source: Wikipédia

Le Kusanagi dans la culture japonaise

Le regalia peut prendre d’innombrables aspects dans les films, les animes, les romans, les nouvelles, etc. Chaque auteur ayant sa représentation de l’épée.

Par exemple, dans le manga Naruto que tout le monde connaît, l’épée a l’aspect d’un katana. Or dans la version animée elle ressemble plus à un tsurugi.

Dans les jeux Demon’s soul et Dark Soul III, c’est l’épée Storm Ruler qui est capable de contrôler le vent. Par contre, dans cet univers, elle a plus le design de l’espadon.

Elle peut aussi avoir la forme d’un collier comme dans le manga Kamigami No Asobi. Bijou qui transporte l’héroïne dans un monde parallèle ou être l’un des pouvoirs spéciaux du Teigu Susanoo dans Red Eyes Sword: Akame ga kill ! une série de mangas.

Ici, je ne vous ai cité que quelques exemples mais il y en a encore beaucoup. Toutefois, ça vous donne déjà une idée des formes que le Kusanagi peut arborer.

Image d'une affiche de Kamigami no asobi
Affiche du manga Kamigami No Asobi. Source: Nautiljon

Conclusion

Tantôt symbole de vertu et de bravoure. Tantôt symbole de la puissance du commandement, le Kusanagi est une épée mythologique japonaise. Elle a différents aspects et différentes significations. Perdue puis retrouvée et mise en lieus sûrs au sein de la maison impériale, peu de Japonais l’a vue. Cependant personne ne doute de son existence car au Japon, elle est aussi importante qu’Excalibur en Angleterre ou Durandal en France.

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