Représentation de Tokugawa Ieyasu. Il est assis habillé en noir et la peau blanche. En fond il y a un couché de soleil.

Le Shogunat de Tokugawa Ieyasu

Après la bataille de Sekigahara, le troisième unificateur du Japon, Tokugawa Ieyasu crée son Bakufu. Cette dynastie apportera un nombre important de réformes au Japon. Bien que certaines seront bonnes d’autres le seront moins et verront naître plusieurs rebellions et événements. Toutefois, avant de découvrir le Shogunat de Tokugawa, je vous propose de voir ce qu’est le Bakufu en général.

Les bases

Le Bakufu, gouvernement Shogunal ou Shogunat est une administration militaire au Japon. Il durera de la fin du douzième siècle jusqu’à la révolution de l’ère Meiji en 1868. Ainsi, pendant plus de six cent cinquante ans, ce seront trois Shogunats qui verront le jour. Le Shogunat Kamakura de 1185 à 1333, Le Shogunat Ashikaga débutant en 1336 et finissant en 1573, et le dernier, celui qui nous intéresse ici, Le Shogunat Tokugawa qui commence en 1603 et terminera en 1867, environ un an avant l’ère Meiji. Chaque Shogunat est dirigé par un Shogun, un guerrier. Cet homme gouverne le Japon dans l’histoire de la politique. Certes, l’Empereur est présent, cependant le Shogun a plus de pouvoir économique. De plus, il est officiellement le dirigeant militaire du Japon.

Un souverain de poids

C’est donc un seigneur puissant doté d’un grade militaire et d’un titre historique de l’administration féodale qui sert l’Empereur. Ce député militaire et dirigeant à la forme abrégée, en effet, le nom du Shogun complet étant Seii Taishogun a un grade équivalent à général. Ainsi, c’est le plus haut officier d’une armée qui arbore ce titre. Cette qualification est réservé tout d’abord à la cour impériale de Kyoto, aux chefs des expéditions militaires contre les peuples de l’Est puis après, aux maîtres de gouvernements militaires à plusieurs moments de l’Histoire du Japon.

De plus, Le Shogunat est le seul régime politique japonais officiel au pays du soleil levant entre 1192 et 1867. Comme en Occident au Moyen-âge, il y a, dans cette société féodale une hiérarchie sociale comportant plusieurs groupes sociaux. C’est quatre castes qui seront créées. Le Shogun qui est le seigneur le plus puissant. Les daimyos, des seigneurs redoutables qui détiennent des terres. Les samouraïs, hommes fidèles au Shogun ou à un daimyos afin d’obtenir une portion de terre. D’ailleurs, ce sont les seuls à pouvoir porter le sabre. Et enfin, les rônins, des samouraïs sans seigneurs. Ce sont donc plusieurs types de personnes qui vivent sur les terres du Japon.

Représentation de Tokugawa Ieyasu. Il est habillé d'un kimono noir, d'une chapeau et il est assis sur un coussin.
Tokugawa Ieyasu. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tokugawa_Ieyasu.jpg

L’âge d’or du Japon

La période Edo peut être comparée à la Renaissance européenne. En effet, tout comme cette dernière, en Occident, en Orient, l’économie, l’architecture baroque, la culture et les traditions se formeront et se développeront durant cette époque. Ainsi, beaucoup de lieux de distractions comme les théâtres sont construits. De plus, la philosophie sera aussi beaucoup touchée par ce développement culturel. En 1583, la ville d’Edo est fondée, aujourd’hui, elle est connue sous le nom de Tokyo, capitale actuelle du Japon. C’est dans cette ère que la famille Tokugawa vit. Cette dernière ascendance de Shoguns dont le règne prend fin en 1867 a permis l’accroissement des arts, des traditions ainsi que de la philosophie.

Le début du dix-septième siècle est marqué par l’établissement sur l’une des îles de comptoirs commerciaux britanniques et hollandais ainsi que par la hausse du christianisme qui verra se convertir plusieurs dirigeants et personnages puissants. La volonté des bouddhistes et des shintoïstes les poussent à presser les autorités afin d’agir contre cette montée. Ainsi, en 1614, les persécutions des chrétiens commencent pour finir par l’interdiction de la religion chrétienne ordonné par le Shogun qui étend petit à petit son pouvoir. La force économique d’Edo s’intensifie.

Représentation de la carte d'Edo. L'on y voit les routes en jaunes, les bâtiments en blancs, ainsi que l'eau en bleu et blanc. Au centre de la carte ce trouve un emblème en or avec des kanjis.
Carte de la ville d’Edo au 18e siècle. Source : https://www.pinterest.jp/pin/638033472180152616/

Le Bakufu isole Le Japon

En 1636, la politique ainsi que la culture japonaise sont changées pendant plusieurs années via un décret. Maintenant, le Japon se replie sur lui-même et les marchands sont expulsés. Les Japonais ont l’interdiction formelle de quitter le pays et si malgré ça, ils le quittent, alors ils ne pourront plus y revenir. De plus, il est interdit de construire des bateaux qui peuvent naviguer en haute mer. Toutefois, les commerçants Chinois et Hollandais ont l’autorisation de rester sur le sol japonais, par contre leur accès est limité à un seul port et une seule île. Mais bien que les Hollandais présents sont très discrets et ne nuisent aucunement à l’isolement du pays, ils ont une certaine proximité avec l’Occident. De par ce fait, les autorités peuvent donc être au courant de certaines avancées techniques et politiques ce passant sur l’autre point cardinal.

Des faits bouleversants

Bien que le Japon soit maintenant isolé, cela n’empêchera pas plusieurs événements de toucher la vie sociale des habitants. Ainsi, ce sont huit famines dont la première se déclare en 1641 et la dernière en 1787 qui alerte le pays. À cela, s’ajoutent deux révoltes de paysans en 1637-1638 et 1837, un incendie dévastateur à Edo durant l’année 1651, l’inondation de 1673, ainsi que d’un séisme en 1703 et de l’éruption du Mont Fuji en 1707. Ce seront donc environ quatorze épreuves qui auront lieu en quarante-cinq ans.

De 1852 à 1854, les Américains tenteront aussi plusieurs fois de convaincre le Japon de s’ouvrir à l’Occident et au reste du monde, en vain. Cependant, lors de ces années, le pays réalisera qu’il a un retard économique, politique et technologique par rapport au reste de la civilisation. Ainsi, en 1854, un traité donnera la permission aux Américains d’encrer leurs bateaux à quelques endroits. Cette ouverture visera plus tard la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et la Russie.

Représentation du Mont Fuji. Son sommet est enneigé et il surplombe une mer de nuage. Le soleil se couche.
Photo du Mont Fuji.

Arts et traditions

Lors de l’isolement du Japon, hormis les mauvaises choses qui s’y sont passées, plusieurs pratiques artistiques ont été mises en place. Cela contribuera d’ailleurs à nommer cette période l’âge d’or du Japon. Ainsi, les Japonais verront apparaître deux types de théâtres, le Kabuki et le. Le Haïku naîtra aussi. Ce support est un texte poétique contenant une forme codifiée. Il a été créé par Bashô Matsuo. Ajoutons à ça, le sumo et la cérémonie du thé.

Mise à part ça, de nombreuses traditions savantes qui s’appuient sur des publications largement diffusées ainsi que des livres inspirés des apports chinois permettront de développer les connaissances japonaises. Bien sûr, certaines préférences se dessineront sous l’effet de l’émulation entre écoles, goût de l’observation et besoins économiques. Cette diffusion, de savoir sera soutenue par le développement de l’édition commerciale et des techniques de gravures. Cependant, au début du 17e siècle, les impressions se concentrent sur la région centrale de Kyoto et d’Osaka. Toutefois, elle s’étendra après à Edo et dans les autres provinces.

Brillantes inventivités

Bien qu’au début, les savoirs techniques sont réservés à l’aristocratie et aux moines bouddhistes, ils seront partagés par la suite avec le reste du monde. Ainsi, les guerriers, marchands et paysans pourront lire les plus grands classiques chinois importés et réédités de la lecture bouddhique. Ensuite, ce seront les traités chinois et plus rarement coréens de médecine, mathématique, astronomie, techniques agricoles et encyclopédies à usage domestique qui arriveront au Japon. Ceux-ci, connaissent déjà un grand succès en Chine, sous la dynastie Ming et permettront aux savants Japonais d’étinceler par leur créativité. Ce sera plus particulièrement dans les domaines des mathématiques et de la médecine que cela se fera. Ce dernier domaine apporte une connaissance empirique du corps humain. Sans oublier l’environnement naturel qui apporte une source insatiable de curiosité tournée aussi bien vers les produits les plus proches que les plus lointains.

En 1720, Le Bakufu Tokugawa lève l’interdiction sur les ouvrages jésuites à contenus scientifiques. De par cette autorisation, les savants découvrent les techniques d’astronomie et de mathématiques d’origine Occidentale. Elles sont utilisées en Chine pour produire le calendrier. Durant la seconde moitié du 18e siècle, des découvertes de traités scientifiques en langue hollandaise permettent aux lettrés japonais de découvrir la physique et la chimie.

Représentation d'un homme portant un masque blanc et rouge. Il est habillé en rouge, blanc et or et porte un katana à la ceinture.
Théâtre Kabuki. Source : https://www.pinterest.fr/pin/57069120250859569/
Représentation d'un homme avec une perruque noire et un masque blanc. Il est habillé en kimono bleu et rouge avec des fleurs.
Théâtre Nô. Source : https://www.guimet.fr/event/theatre-no/
Représentation d'un poème japonais sur fond bleu et blanc. Il est écrit en katanas et kanji. " Désormais et pour longtemps, il n'y aura plus d'enfants. Pieds nus sur le gazon."
Exemple d’Haïku. Source : https://www4.ac-nancy-metz.fr/ia54-nancy/elem-charlemagne-nancy/spip.php?article109

L’argent dans Le Bakufu

Le Shogunat et les seigneuries ont plusieurs sources de revenus. Tout d’abord, il y a un profit sur la revente aux marchés urbains du riz perçu des paysans comme contribution. Le gouvernement tirait du profit de la séparation de la ville qui était le lieu de consommation et de la zone rurale, endroit de la production. Le montant total des tributs montait à trois cent soixante mille tonnes de riz battu par an. Bien qu’il soit revendu principalement au marché de son siège à Edo, la plupart des seigneuries en soldaient aux enchères à Osaka. À cette époque, la ville était le centre commercial du pays.

Bien sûr, pour avoir de bons revenus, le cours du riz est crucial. C’est pour ça qu’il faut faire en sorte de toujours le maintenir à un niveau suffisamment élevé. Toutefois, la récole du riz dépend du temps. Ainsi, lorsqu’il y a une sécheresse, des inondations ou une froideur exceptionnelle, la récolte s’amenuise et cause la famine. En effet, en ce temps-là, il y avait peu de moyens de conserver la céréale pendant longtemps. Cependant, en général, la production du riz augmentait. Des travaux étaient donc entrepris afin de mettre en valeur de nouvelles rizières ainsi que le développement du savoir-faire dans la culture. Par contre, le prix baisse constamment par rapport à d’autres denrées de la vie quotidienne, c’est pourquoi Le Bakufu décidera de mettre en place d’autres revenus.

Plusieurs autres bénéfices

Afin de combler le déficit de la vente de riz, des taxes sur les commerçants au profit du commerce extérieur apparaît. Ce sera surtout avec La Chine qu’il y aura un partenariat, notamment pour les métaux tels que l’or, l’argent et le cuivre. Des affaires du bois produit aux mines et dans les forêts Shogunales viennent s’ajouter aux dividendes. D’ailleurs, au début du Shogunat, les produits miniers étaient des revenus considérables. Lors du 16e siècle, la production d’argent au Japon augmente très fortement. Ainsi, au 17e siècle, ce sont deux cents tonnes par an qui sortent. Ce poids est considéré comme un tiers de la production mondiale, plus particulièrement grâce à la mine d’argent d’Iwami, aujourd’hui Shimane. Durant la première moitié de ce siècle, le Japon devient un des principaux producteur d’or dans le monde avec la mine de Sado, aujourd’hui Niigata.

Pénurie et limitation

Jusqu’au milieu du 17e siècle, le Japon a une réserve de soixante tonnes d’or pur avec des pièces de dix-huit grammes qui contiennent quinze grammes d’or. Toutefois, celle-ci est rapidement réduite puisque les incendies de son siège à Edo se multiplient alors que les cérémonies pompeuses pour impressionner le monde s’intensifient. De plus, à cause de l’épuisement, il y a une diminution de la production minière. Ainsi, les finances du Shogunat sont chaque année déficitaires. Ajoutons à cela que le pays exporte beaucoup de métaux précieux en échange de fils de soie de Chine. En effet, l’industrie textile est de plus en plus épanouie surtout à Nijigen dans le nord de la capitale de Kyoto. Ici, la demande est très forte et comme les produits attractifs à exporter en Chine sont insuffisants, le Japon paye avec les pièces d’or et d’argent.

De 1648 à 1708, le Japon aurait perdu trente six tonnes d’or et mille cent dix tonnes d’argent, une perte dû à une sérieuse pénurie de monnaie est une déflation considérable. Ainsi, à partir de 1685, la limitation du montant total des transactions par an pour La Chine et La Hollande sera mise en place.

Représentation de la carte du Japon montrant la préfecture de Shimane. Elle est située au Sud-Ouest.
Préfecture de Shimane. Source : https://fr.wikivoyage.org/wiki/Shimane
Représentation de la carte du Japon montrant la préfecture de Niigata. Elle est située au Nord-Ouest.
Préfecture de Niigata. Source : https://www.tsunagulocal.com/en/97520/

Le Bakumatsu

Tous les événements que l’on a vus plus tôt se sont passé sur plusieurs décennies. Ce n’est donc pas Tokugawa Ieyasu qui a été au pouvoir tout au long de ces réformes. En effet, durant Le Bakufu Tokugawa, quinze Shoguns se sont succédé. Le Shogunat a commencé avec Ieyasu, puis il y a eu Hidetada, Iemitsu, Ietsuna, Tsunayoshi, Tenobu, Tetsugu, Yoshimune, Ieshige, Ieharu, Temari, Ieyoshi, Tesada, Temochi et Yoshinobu. Le premier à gouverner de 1603 à 1605 et le dernier de 1866 à 1867, le Shogunat a donc durée deux cent soixante-cinq ans. De nos jours, l’on peut encore retrouver dans le Japon moderne, une grosse influence de l’époque Edo. D’ailleurs, celle-ci est un des rares exemples dans l’histoire du monde. En effet, pendant cette période, le pays n’a connu aucune guerre ni d’autres conflits militaire majeurs.

C’est en 1605 que Ieyasu abdiquera en faveur de son fils Hidetada. Il devient le deuxième Shogun de l’époque Edo et ainsi de suite jusqu’au Bakumatsu, la fin du gouvernement. Ce nom est donné à la période spécifique correspondant à la fin du Shogunat Tokugawa. Plusieurs conflits vont se produire pendant cette phase qui mènera à l’ère Meiji. Pour commencer, il y a les nationalistes pro-impériaux qui s’opposeront aux forces Shogunales. Via cet événement, plusieurs autres factions et clans profiteront de la confusion ambiante pour accroître leur pouvoir.

Divers changements

Ainsi, les daimyos Tozama, déchus depuis la bataille de Sekigahara, se rallieront à une politique d’ouverture autour de l’Empereur alors que basiquement, ils sont conservateurs et anti-modernistes. Toutefois, les anti-occidentaux apparaissent après les traités inégaux signés. Leur mot d’ordre est « Révérer l’Empereur et expulser les barbares. » La lutte entre les traditionalistes qui sont réfractaires au changement, mais favorables aux techniques ancestrales japonaises et les modernistes, partisans de l’étude approfondie de la technologie occidentales afin de mieux les repousser est désormais caduque. Le but étant maintenant de rattraper le retard technologiquement parlant du Japon.

Ainsi, le pays enverra des émissaires en Europe pour demander une coopération militaire et tenter de rattraper le retard. Plusieurs missions seront menées avec La France et Le Japon. Le pays entreprendra aussi la construction d’un centre d’entraînement naval à Nagasaki, ce projet sera achevé en 1855. Cette structure est placée à côté de l’enclave commerciale hollandaise de Dejima. Ce sont des officiers de marine hollandaise qui seront chargés de former les marins japonais.

Un meurtre désagrégeant

Le centre sera transféré en 1859 à Edo, cependant les années qui suivent voit plusieurs incidents envinimer les relations entre les Occidentaux et les Japonais. Un des plus importants se passe en 1862. Lors de cette année, le Britannique Charles Lennox Richardson est tué par deux samouraïs. Le Bakufu tentera tant bien que mal de négocier et de verser une compensation de cent mille livres, toutefois la province de Satsuma refusera de payer et de livrer les deux assassins. Or, bien que le Shogun est soutenu par des puissants domaines du Sud-ouest, il sera mis sous pression et emboîtera le pas à l’Empereur Komei. Des fins de relations seront établies avec les étrangers en 1863. D’ailleurs, cette même année, les États-Unis attaquent la frégate étasunienne « Wyoming » dans la baie de Shimonoseki. Des navires marchands étasuniens, français et hollandais participeront à l’expédition.

Représentation de l'incident de Namanugi. On y voit des guerriers qui ce battent dans un temple.
Incident de Namanugi. Source : http://www.tengulife.com/2015/04/when-britain-went-to-war-with-japan.html

Représailles

En août 1863, Shimonoshi se fait bombarder par les frégates françaises « Tancrède » et « Duplex ». Une force de deux cent cinquante hommes menée par le capitaine Benjamin Jaurès débarquent et détruisent des pièces d’artillerie. À ça, s’ajoute une flotte envoyée par les Britanniques à Kagoshima. Ils veulent faire appliquer la demande de punition contre les deux assassins de Charles Lennox Richardson. Des tirs de la défense côtière retentissent et la marine anglaise ripostera en bombardant la ville de Kagoshima. Ce seront cinq cents habitations qui seront détruites, ce n’est qu’un début, car si le Shogunat ne paye pas une indemnité de trois millions de dollars, ce sera de pire en pire. Le gouvernement ne paiera pas, cependant, il décidera d’ouvrir un port de la mer intérieure au commerce international. Ce sera le port de Hyogo.

Trois ans plus tard, en 1866, le Shogunat lancera une deuxième expédition contre le clan Mori dans la région de Choshu. C’est toujours le même but qui est recherché, punir leur refus de payer l’indemnité que les Occidentaux ont imposés. Cette rencontre sera un désastre militaire, en effet, le clan est mieux équipé. Cette défaite entame encore un peu plus le prestige du Shogunat. S’ajoute à ça diverses rebellions menées par les daimyos et les samouraïs contre le gouvernement dû à l’abandon des souverainetés cédés aux Occidentaux.

Le tout se rassemble autour d’une figure impériale protégée par les Britanniques. Une cristallisation particulièrement dans les riches domaines Tozama du Sud-ouest comme Choshu, Satsuma ou encore Tosa a lieu. Leur objectif ? Faire tomber définitivement le Shogunat et restaurer l’Empire. L’année 1866 est marquée par deux décès, le premier étant celui de Tokugawa Iemochi, alors Shogun et de l’autocrate Komei. Ce seront Tokugawa Yoshinobu et l’Empereur Meiji qui prendront la relève.

Représentation de Tokugawa Yoshinobu. Il est habillé en kimono avec un chapeau. Assis, il regarde droit devant et la photo est en noire et blanc.
Tokugawa Yoshinobu. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Tokugawa_yoshinobu.jpg
Représentation de l'empereur Meiji. Debout il est habillé en tenue d'apparat avec une écharpe rouge, des gants et un costumes en noir et or. Il est de trois quart et appuyé sur une table.
L’empereur Meiji. Source : https://www.hanabi.community/meiji-splendeurs-du-japon-imperial-1868-1912/

L’abdication et pleins pouvoirs

En octobre 1867, Yoshinobu renonce au Shogunat et veut jouer un rôle dans le futur gouvernement national. Trois mois plus tard, plus précisément le 3 janvier, l’Empereur Meiji qui n’est encore qu’un jeune homme déclare la restauration de ces pleins pouvoirs. L’assemblée consultative impériale veut en rester là, cependant, Saigo Takamori, samouraï du domaine Satsuma, veut détourner la fin du Shogunat et déposséder Yoshinobu de ses terres. Ainsi, le 24 janvier 1868, la bataille de Toba-Fushimi commence. C’est une armée impériale de cinq mille hommes qui fait face à quinze mille soldats Shogunaux. L’armée dispose d’une grosse artillerie pour l’époque, en effet, on peut y voir des canons et des mitrailleuses, en outre un armement moderne. Les forces Shogunales ne peuvent rien faire, c’est une défaite.

Quatre jours plus tard, lors de la bataille d’Aura, un bref combat naval au large d’Osaka a lieu entre les forces Shogunales et pro-impériales. À bord du bateau, le Kasuga, le futur amiral Togo Heihachiro sert comme canonnier. Ce sera d’ailleurs le vainqueur contre les Russes à Tushima, en 1905. Nombre de combats auront lieu, toutefois, à un moment les forces Shogunales se replient. Leur point stratégique étant le château d’Osaka. L’ancien Shogun, Tokugawa Yoshinobu s’enfuira de la demeure pendant la nuit. Il ira se réfugier à bord d’un vaisseau étasunien «  l’USS Iroquois » pour ensuite embarquer à bord du « Kaiyo Maru » afin de rejoindre Edo. Au vu de la fuite de leur maître, les troupes Shogunales quitteront aussi le château. C’est une place stratégique qui est perdue et un coup pratiquement fatal pour le prestige du Shogunat. La guerre est révolue.

Refus de capitulation

Le 8 mars 1868, dans la frégate « Duplex », onze marins sont tués par des samouraïs de la province de Tosa lors de l’incident de Sakai. Le 23 mars, c’est au tour de la délégation britannique de Sir Harry Parkes d’être attaquée dans les rues de Kyoto. Peu de temps après la bataille d’Ueno, les forces Shogunales doivent abandonner Edo. Suite à tous ces faits, le ministre Katsu Kaishu négocie alors une réédition des forces impériales. Il veut éviter toute effusion de sang à Edo. Pour ce faire, il crée des accords qui stipulent que le clan Tokagawa doit subsister et que Tokugawa Yoshinobu doit avoir la vie sauve. Après la chute d’Edo, l’Empereur Meiji quitte Kyoto pour Tokyo, la Babylone de l’est. Ce sera la nouvelle capitale.

Toutefois, le responsable de la marine Shogunale Enomoto Takeaki refuse de capituler. Il ne livrera seulement que quatre navires aux impériaux et trouvera refuge dans le Nord de l’archipel. Là, avec huit navires et deux mille hommes, il combattra dans le col de Bonari et lui ainsi que ses troupes seront battues. Les forces impériales les affronteront encore deux fois lors des batailles d’Aizu et de Noheji. Elles gagneront et l’armée Shogunale se réfugiera sur l’île septentrionale. Ici, à Hokkaido, elle y proclamera la république d’Ezo. L’armada s’emparera de la forteresse de Goryokaku dont le daimyo est resté fidèle au gouvernement Meiji. Les troupes républicaines seront assiégées.

Représentation de la forteresse de Goryokaku. Elle est entouré de douve remplie d'eau et en forme d'étoile. Autour d'elle se trouve la ville.
Forteresse de Goryokaku. Source : https://www.ana.co.jp/fr/fr/japan-travel-planner/hokkaido/0000005.html

Les dernières batailles du Bakufu

Ce sont des instructeurs Français qui organiseront la défense du château. La brigade est commandée par ceux-ci alors que l’agencement de l’armée est assuré conjointement par des Japonais et des Français. Le 6 mai 1869, la bataille de la baie de Miyako est lancée. Les républicains tenteront de s’emparer du fleuron de la marine impériale, le Katetsu. Cependant, c’est une défaite. Au même moment, le combat d’Hakodate commencé en octobre 1868, arrive à sa fin. Les défenseurs se battent, mais sont rapidement submergés. C’est une nouvelle victoire des impériaux qui terminera la guerre de Boshin. Des militaires français seront exfiltrés par la frégate « Coëtlogon » et regagneront Yokohama. Par la suite, ils rejoindront la France.

Après ces combats, plusieurs personnages Shogunaux comme Enomoto Takeaki ou Katsu Kaishu seront réhabilités. Ils auront d’ailleurs une brillante carrière durant l’ère Meiji. Le second, prônait l’union sacrée du Japon avant la guerre de Boshin. Il essaiera de tout faire pour éviter cette guerre civile, car cela ne ferait que de profiter aux Occidentaux. Cependant, il semblerait qu’il ait échoué. Quand le Shogun Tokugawa Yoshinobu fut banni à Shizuoka, il l’accompagnera. Bien qu’en 1870, la chute de l’empire est menée avec la défaite de Sedan, le Japon continuera à coopérer étroitement avec La France même si cette dernière s’était largement engagée au côté du Shogun. Cela permettra d’amoindrir la prépondérance anglo-saxonne dans l’époque Meiji. Toutefois, il y aura une collaboration avec l’Angleterre afin de contre-carrer les intentions expansionnistes de La Russie au nord du Japon.

Le Japon d’aujourd’hui

Afin d’arriver au pays que l’on connaît aujourd’hui avec sa culture, ses principes et ses idéaux, le Japon a dû passer par de nombreuses batailles. Bien que chaque Shogunat a marqué le pays, c’est surtout grâce au Bakufu des Tokugawa que l’État a pu réellement grandir et s’ouvrir à d’autres opportunités. Si celui-ci n’avait pas été créé peut-être que le Japon ne se serait pas autant épanoui et que nous ne saurions que peu de choses sur ce pays qui, de nos jours, en fascine plus d’un.

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