Représentation de trois hommes habillés de kimonos sur une scène de théâtre. Deux sont déguisés en femme et sont assis alors que le troisième, central est debout. Il tient un épouvantail ouvert.

Un ancien spectacle

Lors du Bakufu Tokugawa, Le Shogun Tokugawa Ieyasu a fait découvrir le théâtre Kabuki. Ce spectacle japonais reconnu au patrimoine immatériel et moral de l’Unesco mêle de la musique, de la danse et du maquillage. Il n’a cessé et ne cesse encore de divertir le Japon. Je vous propose aujourd’hui, de plonger dans ce monde qui reflète le traditionalisme du pays du soleil levant.

Sa naissance

Cette forme de théâtre a vu le jour à l’époque Edo, au début du 17e siècle plus précisément en 1603. Durant cette année, Izumo No Okuni ou Okuni décide d’approfondir les histoires derrière les gestes. En effet, cette jeune danseuse interprétait des chorégraphies suggestives. De plus, elle jouait aussi bien des rôles masculins que féminins. De cette femme, nous ne savons que peu de choses si ce n’est qu’elle avait beaucoup de succès auprès des samouraïs et de la bourgeoisie. Celui-ci, lui à d’ailleurs permis d’ouvrir une salle de théâtre à Edo et de se produire à la cour Shogunale en 1607. De par la profession d’Okuni, le Kabuki incorpore forcément des farandoles.

Différents types de danses

Vraisemblablement, cette forme de comédie prendrait sa source dans le bouddhisme et le shintoïsme. À l’origine, ce sont des danses religieuses et très rudimentaires. Au fur et à mesure du temps, elles se sont raffinées par l’action de la cour impériale. Ces aubades, importées en partie de Chine et de Corée, ont permis au Japon d’avoir une identité théâtrale propre. Parmi elles, il y a la danse locale appelée Le Kagura. C’est une chorégraphie shintoïste qui sert à divertir les dieux, notamment ceux de la terre et de l’agriculture.

Nombre de danses ont été importées comme le Gigaku, le Bugaku, le Sangaku ou encore les dérobées bouddhiques. Toutes ont une empreinte de magie shamanique, ce qui donne lieu à une sorte de transe en l’honneur des dieux. Il faut savoir que dans le Kagura, il existe deux types de danses. Tout d’abord, celles qui sont dites possédées par les dieux dont le but est de les honorés. Ensuite, il y a l’autre dite bouffonne dont le rôle est d’apaiser une divinité en la faisant rire.

Le Gigaku cité précédemment, n’est pas réellement une danse. En effet, importé de Corée en 612, c’est une forme de théâtre qui n’a pas recours à la parole, toutefois, elle exprime des idées, de la passion et des sentiments. Elles sont présentées lors des fêtes bouddhistes. Cependant, elle est très vite abandonnée, car elle aurait été jugée trop grossière.

Le Bugaku, quant à lui a été importé d’Asie, plus particulièrement entre le 6e et le 8e siècle. Cet héritage de danses traditionnelles a été conservé par la cour impériale.

Pour finir le Sangaku a vu le jour en Chine et était destiné au peuple. Il est utilisé lors des foires et des festivals.

Représentation d'une peinture d'Okuni. Elle est habillée en Kimono bleu et rose. Elle tient un katana rouge et semble danser.
Okuni. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Izumo_no_Okuni#/media/File:Okuni_kabuki_byobu-zu_cropped_and_enhanced.jpg

Caractérisation du théâtre Kabuki

Littéralement, le mot « Kabuki » veut dire que l’attitude est « de travers ». Équivalent à l’avant-garde en français, ce type de théâtre est joué au début par des gens habillé un peu comme des punks. Ces personnes présentaient leur pièce en plein air ou à côté d’un fleuve. Elles sortaient du moule et étaient considérées comme « de travers », ce sont les originaux. Toutefois, le « Kabuki » n’a pas seulement cette signification, en effet, chaque syllabe a une définition propre. Via celle du « Ka » on trouvera le chant. Dans « Bu » ce sera la danse et « Ki » veut dire le jeu théâtral. De plus, la musique est un élément très important de ce style. Ainsi, le shamisen, un luth à long manche et à la touche lisse accompagnera le narrateur de l’histoire qui chantera certains passages. Un instrument indispensable dans le théâtre Kabuki.

Bien sûr, ce n’est pas le seul instrument qui compose le spectacle. En effet, il y en faut d’autres afin de donner l’ambiance et la musique de fond. De plus, ils sont aussi là pour renforcer le sentiment qu’exprime un acteur, pour illustrer le mouvement ainsi que les conditions climatiques. Ils peuvent même donner un effet sonore quand un personnage trébuche. Ainsi, plusieurs groupes de musiciens sont présents sur scène, mais aussi derrière le plateau, caché ou sur la gauche. C’est lui qui est en charge des effets sonores et de l’ambiance générale dont l’on a parlé précédemment.

Des obligations mises en place

Bien qu’auparavant, des hommes et des femmes jouaient dans les pièces de théâtres Kabuki, par la suite, ce ne seront exclusivement que des troupes masculines. En effet, au début, ce sont des épisodes suscitant l’érotisme, comme une scène de bain qui sont joués. Toutefois, ils sont jugés scandaleux et un prélude à la prostitution. Ainsi, le Shogunat Tokugawa interdira le Kabuki. À vrai dire, c’est plutôt le fait que ce type de théâtre était apprécié par les samouraïs et la bourgeoisie qui gênait, et non pas la prostitution en elle-même. Cependant, quelque temps, plus tard, il sera de nouveau autorisé. Par contre, il y aura une condition à respecter, avoir une véritable histoire dans les représentations. De plus, en 1653, une obligation verra le jour. Une action dramatique doit être ajoutée à la scène. Cette décision donnera l’aspect actuel au Kabuki que l’on connaît aujourd’hui.

Un homme pour un rôle de femme

Ainsi, une autre porte s’ouvre pour le théâtre. Maintenant, ce sont des acteurs choisis pour leur talent scénique qui sont recherchés. En effet, auparavant, c’était plutôt sur un critère de beauté qu’ils étaient engagés. Toutefois, certains interprètes issus des quartiers du plaisir continuent à se prostituer. D’autres, cependant, se travestissent pour appréhender les rôles féminins. En effet, le Kabuki donne une immense importance aux femmes, mais les rôles leur sont interdits. Ces hommes, jouant la gente féminine, seront appelés les Onnagata.

Ces acteurs doivent adopter la gestuelle et les expressions d’une femme. Considéré comme l’un des rôles les plus complexes à interpréter, ils ont pour but de recréer un idéal féminin et synthétiser son essence afin de la rendre sur scène. L’élégance étant au centre de la performance, les Onnagata ont toujours de beaux costumes. Les hommes doivent les porter avec raffinement. Finalement, il n’y a pas besoin d’être efféminé pour jouer une femme. La performance réside plus dans la manière d’être que dans le physique de base.

Représentation d'un Onnagata. Il est habillé d'un un kimono vert et orange à fleurs. Il a une ceinture rouge et une perruque noire. Son visage et ses mains sont de couleurs blanches.
Un Onnagata. Source : https://www.pinterest.fr/pin/440930619755050062/

Les différents type de jeu du Kabuki

De par l’obligation d’ajouter une action dramatique, Le Kabuki a pu se renouveler grâce à deux dramaturges. Le premier, Tsuruya Nanboku était célèbre pour ses drames fantastiques. Le deuxième Kawatake Mokuami était connu pour ses scènes du petit peuple, parfois jugées trop amorales. Ces deux hommes ainsi que la multitude de pièces crées, mais aussi oubliées, hormis les plus populaires et les plus intéressantes ont permis au Kabuki de traversées les âges. Tout cela a donné naissance à deux types de jeu. L’aragoto, originaire de Tokyo qui met l’accent sur l’exagération. De par ses pièces épiques ou les passions se déchaînent, il a un style plus violent. Le second, le wagoto quant à lui est plutôt représenté à Kyoto et se prête mieux à des histoires de cœur plus calmes et réalistes. Ce style est donc plus doux.

Que ce soient les Onnagata, les acteurs jouant l’aragoto ou le wagoto, ils s’expriment tous de la même manière, avec une voix monocorde. De plus, ils sont toujours accompagnés d’instruments traditionnels. Tous les rôles sont codifiés et doivent être joués dans la tradition plutôt que dans l’innovation. Les comédiens se spécialisent non seulement dans un registre, mais aussi dans un type de rôle particulier qu’ils doivent maîtriser au mieux. Ainsi, un Onnagata ne pourra pas faire de l’aragoto tout comme un wagoto ne fait pas d’Onnagata. En plus, chaque acteur est relié à une guilde de Kabuki et reçoit un nom de scène associé à son groupe.

Le style Kabuki

Plus tôt, nous avons pu voir que nombres de pièces ont été créées pendant quatre siècles toutefois, bien qu’il s’est renouvelé, il a gardé le même style traditionnel. Cependant, il a dû être adapté aux goûts modernes et ainsi accueillir tous les types de théâtres et de genres. Bien que le spectacle ne soit pas souvent diffusé à la télévision, il a tout de même un large public. Ainsi, on pourra y retrouver des personnes fidèles depuis des générations, tout comme des êtres âgés ou même un auditoire assez jeune. Ce dernier s’explique par le fait qu’il y a de plus en plus de jeunes comédiens. Tous ces groupes obligent donc à toujours créer des histoires appréciées par le public. En effet, c’est la forme de théâtre la plus aimée.

Les pièces de Kabuki, illustres des événements historiques et des conflits moraux que peuvent créer des relations affectives. Généralement, ce sont des samouraïs qui y sont représentés. Toutefois, de nos jours, il y a aussi des icônes de la pop culture comme Hatsune Miku, une chanteuse humanoïde japonaise ou encore One Piece. De par sa musique particulière, ses costumes colorés, imposants et importants ainsi que sa machinerie et ses accessoires, le Kabuki est une forme de théâtre épique. Ses pièces, sa langue ou les acteurs appelés mie apporte aussi un style excentrique et extravaguant. Tous ces points avec d’autres comme l’utilisation de maquillage permet de faire une réelle différence entre le théâtre japonais et occidental.

Représentation d'une figurine d'Hatsune Miku. Elle est penchée et tend un bras vers nous. Elle a des cheveux bleus et des couettes.
Hatsune Miku. Source : https://pixabay.com/fr/photos/hatsune-miku-poup%c3%a9e-manga-jouet-972730/
Représentation de l'affiche du film One Piece. On y voit Luffy entouré de ses compatriotes sur une fond bleu rappelant la mer.
Affiche du film One Piece. Source : https://www.allocine.fr/series/ficheserie-3463/streaming/

Équipements et mie

Pour qu’un spectacle de Kabuki soit réussi, il doit être aidé de plusieurs dispositifs présents sur la scène. Tout d’abord, il y a le hanamachi, appelé aussi chemin de fleur. Cette passerelle est un layon de bois qui traverse toute la salle. Il passe au milieu du public et mène jusqu’à la scène. C’est via cet endroit que les acteurs principaux arrivent. Une fois sur l’estrade, ces hommes seront soutenus par des effets visuels. Ainsi, il sera possible de voir des plateaux tournants, mais aussi de discerner certains câbles et autres trappes. Grâce à ces dispositifs, les comédiens peuvent apparaître et disparaître en quelques secondes ou s’envoler. Toutefois, il y a un effet indissociable du Kabuki, les Kuroko.

Ces hommes habillés tout de noir, déguisements qui a d’ailleurs donné la représentation typique des ninjas que l’on connaît aujourd’hui, ne sont par convention pas visible sur scène. Ce sont des machinistes qui aident au changement des décors ou de costumes comme ceux des mie. Ils peuvent aussi jouer des rôles d’animaux ou de feux follets portant des accessoires. C’est donc un élément important du spectacle même s’il n’est pas sur le devant de la scène.

Une pose particulière

Maintenant, nous le savons, dans le Kabuki, les musiques, les chants, les danses et d’autres astuces scéniques sont présents. Hormis ça, il y aussi quelque chose d’impressionnant, le mie. Cet acteur joue, pendant un moment puis d’un seul coup, il s‘arrête et se fige dans une pose particulière afin de camper son personnage. Durant cet appontage spectaculaire, la musique s’arrête et l’on peut percevoir dans le public des cris d’étonnement. Toutefois, un type de personne se fait plus entendre, les connaisseurs. Ceux-ci s’égosillent et prononcent le nom de guilde du mie en signe d’encouragements et d’appréciations. Ensuite, les sons reprennent et la pièce continue normalement. L’on peut donc imaginer la concentration phénoménale qu’il faut pour pouvoir tenir cette position. Certes, ce n’est que quelques secondes, mais la moindre décongestion et la pose peut être bancale voire annulée.

Représentation d'un acteur faisant le Mie. Il est debout sur une jambe, les bras écartés et il est habillé d'un kimono à franges rouges avec un katana. Il porte une perruque noire et le maquille traditionnel blanc avec des lignes rouges.
Acteur faisant Le Mie et arborant le maquillage traditionel. Source : https://www.afyp.org/blog/2017/1/27/afyp-in-the-know-theater-history-chinese-japanese-theater

Le dernier élément primordial du Kabuki

Que ce soit sur l’acteur faisant le mie ou non, le maquillage est un facteur important du théâtre. Portant le nom de kumadori, il a un style facilement reconnaissable même par ceux qui ne sont pas familiers avec cette forme d’art. Ce camouflage comporte une base blanche. Celle-ci est faite de poudre de riz. Des lignes amplifiants les expressions du visage de l’acteur y sont placées. Le maquillage est là pour produire un effet de sauvagerie ou de puissance surnaturelle. Régulièrement, si ce n’est tout le temps, le fond de teint est blanc.

Le lignage peut arborer différentes couleurs. Premièrement, il y a le rouge, cette couleur démontre un héros juste, passionné et courageux. Ainsi, l’ardeur y est représentée. En deuxième, nous pouvons retrouver le bleu. Utilisé pour les caractères négatifs, l’on peut y discerner la tristesse voir la méchanceté. Ensuite, il est possible de voir des lignes vertes. Cette couleur est utilisée pour montrer qu’un être est surnaturel. Le vert peut donc faire penser à la nature ou à la magie. Finalement, il y a le violet. Les personnages qui arborent cette couleur sont des nobles. Vous l’aurez compris, chaque couleur reflète la nature du personnage.

Le théâtre Kabuki de nos jours

Leur costume extravaguant parsemé de motifs, de couleurs et de coupes codifiés néanmoins soignés et coûtant une petite fortune, apporte un certain nombre d’informations sur la figure interprétée. Les décors importants et dynamiques accompagnés de nombreux effets ainsi que les chants, danses et autres mie ont permis de donner à ce type de spectacle la popularité qu’il a aujourd’hui.

Ainsi, ce sont quatre-vingt-dix acteurs de Kabuki professionnels en plus des musiciens et accessoiristes qui se sont attachés à améliorer ce type de théâtre. De par ses racines traditionnelles, ce style de spectacle a permis de créer une réelle entente entre les anciens acteurs et les nouveaux. Toutefois, il est vrai qu’à l’ère Edo, les plus jeunes n’avaient pas le droit de pratiquer cet art, aujourd’hui cela est révolue. Maintenant, les plus vieux acteurs conseillent les plus juvéniles. Ceux-ci passent de longues heures a visionner les interprétations de leurs prédécesseurs. Le but étant de s’en imprégner au maximum afin d’offrir une prestation des plus élaborée. Certes, tout le monde ne connaît pas Le Kabuki, mais si des novices prennent le temps de regarder ce spectacle, ils se douteront bien qu’il vient du Japon, qu’il est traditionnel et qu’il a traversé les âges.

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