Représentation d'un acteur de Nô arborant un masque blanc et une perruque. Il est habillé d'un kimono vert et blanc. Il tient dans sa main droite un éventail rouge et noir.

La plus vieille forme de théâtre

Au Japon, il existe nombre de spectacles. Un des plus connus est le théâtre Kabuki, une forme traditionnelle, mais qui a subi beaucoup de modifications, de sa création jusqu’à nos jours. Toutefois, aujourd’hui, je vais vous parler d’un autre style, le théâtre Nô. C’est la plus vieille solennité qui soit.

Une ancienne création

Inventé, il y a environ 650 ans durant l’époque Muromachi, 1336-1573, le théâtre Nô vient à la base de l’ancien Sarugaku. Ce sont un père et un fils, Kan’ami Kiyotsugu et Zeami Motokyio qui ont choisi de poser de nouvelles règles. Strictes et inspirée de la religion Zen pour les costumes, les masques, la musique et la scène, ce nouveau style fera du Sarugaku, un art raffiné destiné à l’élite. Lors de cette époque, la vie des gens était courte, environ 40 ans, les facteurs étant la guerre et la maladie.

Ainsi, bien que le théâtre Nô a été inventé à cette période, ces racines remontent bien plus loin. C’est au 8e siècle qu’il faut chercher quand le Sarugaku arrive de La Chine au Japon. Ce dernier est composé de spectacles variés. C’est-à-dire que l’on pourra y voir des acrobates, des danses, des imitateurs comiques et y entendre des chants. Il sera adapté à la forme sociale et y assimilera d’autres aspects traditionnels. De plus, le théâtre de Nô est prédominant. Il influencera celui de marionnettes et Le Kabuki. Le Nô est appelé en japonais Omote, qui veut dire « visage ». C’est probablement, une référence aux masques qui sont utilisés dans ce spectacle.

Représentation d'une statue en bois de Zeami Motokiyo. Il est agenouillé et a ses mains sur les genoux. Habillé d'un kimono, il pour un petit chapeau et semble méditer.
Statue de Zeami Motokiyo. Source : https://idesign.vn/art-and-ads/nogaku-nhung-net-ve-nhac-kich-noh-phan-1-491908.html

Formation des acteurs du théâtre de Nô

Qualifié souvent d’opéra japonais ou de comédie musicale pour le présenter aux étrangers, cette forme est relativement compliquée. Généralement, tous les acteurs de ce type, commencent leur formation dés leur enfance. Tout d’abord, ils apprendront à utiliser la voix pour les récitations. Il y a environ 200 chants à apprendre par cœur. En effet, il n’est pas possible de consulter le script sur scène. De plus n’ayant pas de micro, ils devront faire en sorte que leur voix porte le plus loin possible. Ensuite, ils seront formés à danser énergiquement avec un masque dont la fente des yeux est fine. Cet obstacle réduit le champ visuel et augmente la difficulté à maintenir son équilibre.

Ainsi, tous ces comédiens qui ne sont que des hommes, doivent s’entraîner à avoir un contrôle total de leur corps. Une formation très exigeante des acteurs, mais aussi des musiciens et donc enseignée. Une fois la vingtaine atteinte, il sera possible pour ces individus de jouer différents rôles. Pour ce faire, ils seront arborés d’un masque qu’ils auront salué avant de le mettre avec l’aide d’un assistant.

Différents visages

Le thème fondamental de théâtre Nô est de retransmettre les pensées qu’avaient les gens de leur vivant. On pourra voir plusieurs choses comme une prière d’une personne proche, le souvenir d’un être aimé ou encore la douleur de la guerre. Pour ce faire, des masques, plus petit que le visage de l’acteur doivent être utilisés et bien que généralement, le héros incarnera un fantôme, il pourra aussi jouer différents autres rôles. Il sera donc possible d’y voir un masque d’Okina, le seul à avoir une mâchoire indépendante du reste du moulage. Celui-ci représente un dieu très âgé et riant.

Un vieil homme pourra aussi être vu. De cette catégorie, il y a une grande variété. Ainsi, un masque peut jouer sur l’implantation des cheveux, d’une barbe ou non, de dents, de rides, etc. L’impression qui est dégagée permettra de savoir qui se cache derrière le masque, comme un mortel, un fantôme, un dieu ou un esprit.

Un démon, dont seuls les masques de femmes ont des cornes peut-être visibles. Celui-ci arbore une bouche ouverte ou fermée et des expressions très puissantes.

Une autre famille de déguisement est les hommes et les femmes. Que ce soit un sexe ou l’autre, cette catégorie contient beaucoup de masques. Ainsi, un type d’humain particulier pourra être représenté. Une personne jeune ou belle. De plus, ils peuvent aussi servir à des êtres surnaturels tout comme le vieil homme d’ailleurs. Bien sûr, certains sont propres à un seul rôle.

Pour finir, il y a l’esprit vengeur. Employé pour démontrer de la colère, de la haine ou de la jalousie, ils ont en commun une coiffure ébouriffée, de la dorure autour des yeux afin de montrer l’absence de retenue ou la sauvagerie des émotions ressenties et peuvent être vivant ou surnaturel.

Il y a même des masques qui peuvent être utilisés pour désigner un enfant. En tout, ce sont 138 visages qui sont employés pour 250 pièces.

Représentations de différents masques Nô. On peut y voir des personnes âgées, des masques de démons ou de femmes.
Quelques exemples de masques de théâtre Nô. Source : https://www.pinterest.fr/pin/masks–836754805759338535/

Les contenus du Nô

Bien que les danseurs et chanteurs ont un rôle prépondérant dans ce type de théâtre, il ne faut pas oublier la musique. Pour accompagner tous ces utais, des chants dont les thèmes sont la littérature japonaise, les légendes ou la vie et la mort, trois tambours sont présents. Portant les noms de O-Tsuzumi, Ko-Tsuzumi et taiko, ils sont de taille croissante. Ils jouent en harmonie avec une flûte de bambou appelée Fue et un chœur. À cela, s’ajoute un battement de pied rythmé pratiqué par l’acteur lui-même afin de produire un autre son. Toutes ces personnes présentent sur scène, jouent, dansent et chantent souvent en tournant le dos au public.

L’estrade

À l’origine, ce spectacle rempli d’éléments de la culture japonaise tel que des kimonos, des costumes, ou autres était exécuté sur des structures indépendantes en extérieur et souvent dans l’enceinte d’un sanctuaire. Par la suite, des scènes de théâtres Nô ont été créées en intérieur, tout en gardant le même contexte que dehors. Ainsi, elle sera recouverte d’une toiture et entourée de galets blancs qui éclairent les acteurs par reflet de la lumière du soleil. Toutefois, un autre rôle lui est donné, une barrière entre le monde des vivants et des morts. Afin de mener à la scène qui n’a d’ailleurs aucun rideau tendu, les acteurs empruntent un hashigakari. Ce pont représente lui aussi un passage entre les deux univers. Tout au long de cette passerelle, trois pins sont placés. Leur hauteur augmente progressivement afin de créer une illusion d’optique montrant que les acteurs arrivent de loin.

L’estrade mesure six mètres de côtés et présente à chaque coin un pilier. Hormis leur rôle stabilisateur, ils sont aussi des repères pour l’acteur masqué. Ils permettent d’assurer la position de ce dernier afin qu’il soit bien placé sur la scène. D’ailleurs, sous cette dernière, se trouvent plusieurs jarres enterrées. Mesurant un mètre de long pour quatre-vingts-dix centimètres de diamètre, ces pots en terre cuite sont enfouis de moitié. Leur disposition adroite, leur nombre et leur direction permettent à l’acoustique de la salle d’être améliorée. Ils font résonner et répercuter le son des pieds des acteurs.

Les positions stratégiques du théâtre Nô

L’on a pu voir qu’il y avait beaucoup de personnes présentes sur scènes. Toutefois, afin de garder une certaine harmonie, des emplacements bien précis sont prévus pour chaque corps. Tout d’abord, au fond de la scène, les quatre musiciens qui jouent du tambour et de la flûte y sont placé. Cet ensemble porte le nom d’Hayashi. À droite de l’estrade, il y a les chœurs des récitants, que l’on appelle Juitai. Sur le devant de la scène, bien qu’il n’existe pas vraiment, on peut y trouver les différents personnages qui jouent. Ces hommes peuvent être vus de tout le monde. En effet, comme dit plus tôt, il n’y a aucun rideau de tendu, ainsi le spectacle peut être admirer de tous. De plus, il n’y a aucun système artificiel de lumière utilisée pour des effets particuliers, ce qui renforce le côté traditionnel du Nô.

Représentation d'une scène d'un théâtre Nô. On peut y voir une structure en bois surmontée d'une toiture en tuile. Située en intérieur, de nombreux sièges sont tout autour. En fond de scène l'on peut voir un arbre japonais de type bonsaï.
Scène d’un théâtre Nô. Source : https://www.the-kansai-guide.com/en/directory/item/10076/

Plusieurs types de personnages

Dans le théâtre Nô, différents rôles peuvent être joués que ce soit avec ou sans les masques. Ainsi, l’on peut distinguer cinq types. Le premier étant Le Shite. Cet homme est l’acteur principal. Il exécute les danses et doit pouvoir jouer une vaste gamme de personnages. Ensuite, il y a l’acteur secondaire dont le rôle est d’interroger Le Shite et de lui donner une raison de danser. Il se nomme Le Waki. Les Tsure, accompagnent de leur chant Le Shite ou Le Waki.

Plusieurs autres rôles sont aussi présents dans le spectacle. Par exemple, il y a Les Tamo qui sont souvent des serviteurs. Ils ont un statut épisodique. À ça, viennent s’ajouter Le Kyôgen-shi et Le Ji. Le premier, est un rôle comique. Le deuxième est le chœur qui prône l’action en se substituant à un acteur pour certains chants et doit exprimer le sentiment de l’acte suggéré. Enfin, il y a Le Kôken. Cet homme n’est pas un acteur, toutefois, il est essentiel au bon déroulement de la pièce. Assis au fond de la scène en costume de ville avec les musiciens, il dispose à l’avance les objets nécessaires et les enlève lorsqu’ils n’ont plus d’utilité. Il peut aussi remplacer Le Shite.

Quel que soit l’acteur, chacun crée des jeux d’ombres et de lumière par des mouvements et inclinaisons de la tête. Ceci donne des expressions différentes aux masques, comme la tristesse, la colère, la sérénité, etc. Tout dépendra des zones mises en avant, nez, yeux, coins des lèvres.

Accessoires et décors du théâtre Nô

Comme dans tous ces types de spectacles, des objets et des environnements sont utilisés. Toutefois, que ce soit dans une catégorie ou l’autre il y a assez peu d’accessoires. Cependant, il y en a un de très important, l’éventail. Que ce soit les personnages ou les musiciens entrant en scène, tous sont dotés de cet objet. Les motifs que l’on peut trouver dessus, tout comme ceux présent sur les kimonos ou les masques, renseignent sur la nature et l‘humeur du personnage. Ainsi, avec un éventail, plusieurs objets pourront être représentés. Que ce soit une rame, un élément de l’environnement comme le soleil, la neige ou un sentiment de joie, de colère, et autre, ce chasse-mouche aura plusieurs utilisations.

Bien sûr, pour que cette application soit concrète, il faut une certaine imagination. D’ailleurs, le théâtre Nô se base beaucoup sur cet aspect. C’est pour cela qu’il n’y aura qu’un décor minimaliste. Celui-ci est composé d’objets légers à base de bambou sur lesquels sont liés des végétaux ou des tissus. Ces quelques informations donneront une idée du type d’environnement de la pièce. De plus, ces décors ne seront utilisés que pendant un moment, en effet, ils sont construits pour chaque représentation et détruits ensuite. La dernière chose qui est utilisée est une boite en laque. Parfois comme objet ou comme un décor, les acteurs s’en servent aussi fréquemment comme d’un siège.

Vous l’aurez compris, il y a beaucoup de différence entre le Nô et les autres formes de théâtre. Ceci est du notamment au fait qu’il n’a subi quasiment aucune modification. Toutefois, il y a une branche légèrement différente du théâtre Nô qui lui est tout de même incorporé.

Représentation d'un acteur masqué avec un kimono orange au motifs fleuris. Il tient un éventail rouge qui arbore un dessin de fleur rose avec des feuilles vertes.
Un acteur de Nô et son éventail. Source : https://shop15.johnmalala.org/content?c=%E8%83%BD%20%E5%8A%87&id=7

Le Kyogen

Une pièce du théâtre Nô durant quatre-vingt-dix minutes, les acteurs risque d’être épuisés et les spectateurs lassés. C’est pour cela qu’une ou plusieurs pièces de Kyogen sont intégrées à la représentation. Celles-ci vont de quinze à trente minutes et permettent non seulement aux comédiens d’avoir une pause, mais aussi aux observateurs de ne pas ressentir d’ennui. Toutefois, il faut savoir que même si c’est une branche du Nô, Le Kyogen est différent de ce dernier. En effet, là où le Nô est une forme de spectacle sérieuse, Le Kyogen est plutôt une forme de comédie, de légèreté servant à détendre l’assemblée avant de passer à la scène suivante. Le Kyogen n’a donc pas un contenu très compliqué et affiche des thèmes légers et facile à comprendre.

Lorsqu’une représentation est donnée pour une occasion spéciale, ce seront cinq pièces de Nô et quatre pièces de Kyogen qui seront jouées. C’est toujours un acte appelé Okina qui débutera la démonstration. Elle est considérée comme une pièce sacrée. Une représentation complète durera donc une journée entière. Bien sûr, aujourd’hui de nombreux théâtres proposent des programmes plus courts. Ils comprennent généralement une ou deux pièces de et de Kyogen. Le programme des pièces se fait toujours en fonction de la saison.

Représentation d'une scène de Kyogen. On y voit un homme masqué habillé en kimono orange et bleu. Il tire les oreilles de deux autres acteurs qui semblent souffrir. L'un est habillé en kimono brun quadrillé et l'autre d'un kimono gris et blanc à rayures.
Une scène de Kyogen. Source : https://yattokame.jp/2020/nagoyabutai/410.html

L’influence du théâtre Nô aujourd’hui

À ce jour, il y a 1500 acteurs et musiciens professionnels de Nô au Japon. Ils sont tous réunis en différentes familles. En effet, il y en a cinq, l’école Kanze, Hosho, Komparu, Kita et Konzo. Toutefois, la branche du Kyogen est à part. Bien que peu à peu, ce type de théâtre ce soit tourné vers une certaine élite intellectuelle, l’on peut voir une soixantaine de représentations à Tokyo par mois et plus d’une trentaine jouées dans le Kansai, une région située sur l’île d’Honshu, principal archipel du Japon. En tout, ce sont environ 250 pièces qui sont jouées. Le théâtre Nô a eu beaucoup d’influence sur certaines personnalités dans le passé et de nos jours. L’on peut citer par exemple, Paul Claudel. Cet homme était ambassadeur de France au Japon et a été marqué par la musicalité de ce type de spectacle qui l’a influencé formellement.

Découverte et scénographie

D’autres personnes ont aussi puisé dans Le Nô pour faire des mises en scène orientalisés. Il est possible de citer William Butler Yeats, un poète et dramaturge irlandais, Constantin Stanislavski, un comédien, professeur d’art dramatique et metteur en scène russe ou encore Vsevolod Meyerhold, un dramaturge et metteur en scène, lui aussi, russe. Toutefois, bien que ces hommes s’inspirent du Nô, ce sera Le Kabuki qui sera utilisé pour son aspect plus coloré et spectaculaire. Cependant, ça n’empêchera pas un autre dramaturge allemand d’adapter en 1930 un Nô du nom de Taniko. Toutefois, il sera mis en scène sous le titre de « Der Jasager », littéralement, celui qui dit oui.

Un autre Nô, plus moderne cette fois, de Yukio Mishima a permis de par la traduction de Marguerite Yourcenar, une femme de lettres française, de faire connaître au grand public francophone quelques éléments de ce théâtre. Ces pièces mettant fréquemment en scène des fantômes vivants et des métamorphoses animalière sont faite par des jeunes compagnies. De plus, elles étaient relativement présentes dans le festival off d’Avignon jusqu’aux années 2000.

Du côté de La Suisse, se trouve Armen Godel. Ce comédien, metteur en scène et écrivain monte des œuvres de Racine, Corneille ou Mishima en les imprégnant d’un charme subtil, effet que l’on peut retrouver aussi dans le théâtre Nô. Pour finir, depuis les années 1980, Junji Fuseya, directeur de théâtre et aussi metteur en scène, initie des artistes occidentaux à sa technique adaptée de sa propre formation de Nô et de Kyogen. Tout cela nous démontre bien que le théâtre Nô est de plus en plus connu en Europe et qu’il ne cessera de s’implanter un peu partout.

Représentation de Paul Claudel. Il est assis et porte une veste rayée. Il tient dans sa main gauche, une paire de lunette. À sa droite se trouve une statue de buste.
Paul Claudel. Source : https://www.hautsdefrance.fr/paul-claudel-celebre-ses-150-ans/

Conclusion

Le théâtre Nô est la plus ancienne des formes de spectacles japonais. Facilement reconnaissable de par ses masques, costumes et autres décors minimalistes, il a su garder son allégresse traditionnelle. Bien que de nos jours, il ne reste environ que 200 théâtres, il a réussi à obtenir et à garder des centaines de passionnés qui via certaines scènes voient un hommage à un ou plusieurs de leurs proches décédés. En effet, il ne faut pas oublier que la base de ce spectacle et de faire un requiem, une commémoration pour les moments les plus marquants de la personne disparue.

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