Photomontage d'un visage de femme avec un rocher sur un fond de soleil couchant

Lorelei la sirène germanique

Personnage emblématique du dix-neuvième siècle, La Lorelei est devenue au fil des années une légende connue. L’on parle d’elle pour la première fois dans une balade romantique de Clemens Brentano. Découvrons ensemble, qui est Lorelei.

Ses racines

Issu d’une création des écrivains de la période romantique, Lorelei est une sorte de sirène appelée nixe dans la mythologie germanique. De par son chant envoûtant, elle hypnotisait et attirait les bateliers sur les écueils pour les noyer. Bien qu’elle fut créée par le poète Clemens Brentano, c’est surtout avec le poème datant de 1824, « Die Lorelei » de Heinrich Heine qu’elle se fit connaître.

Certaines des nixes sont des femmes qui se sont noyées par des espoirs amoureux. Elles sont condamnées à rester dans l’univers nixen jusqu’à qu’elle aient écoulées leurs années perdues. Ainsi, Lorelei fait partie de ces derniers car présentée comme une femme qu’un chagrin d’amour pousse à se jeter du haut de la falaise. Brentano, s’est lui-même inspiré du mythe d’Écho et de Narcisse. L’on peut donc remarquer que la légende de Lorelei fait écho à des motifs mythologiques anciens. Les nixes sont les nymphes de la mythologie germanique et nordique.

Les nixes

Ce sont des femmes souvent maléfiques qui séduisent les hommes. Lorsque ceux-ci arrivent à proximité de zones aquatiques, mares, étangs et rivières ou montagneuses, elles utilisent leur beauté, leur chant et leur danse pour les attirer dans une chute fatale. L’image de la femme séduisante annonciatrice ou même responsable de décès se décline. En effet, nous pouvons voir cette représentation dans de nombreuses mythologies et mythes. Les nixes arboreront divers costumes comme celui de Banshee, de valkyries en passant par la sirène ou plus récemment la dame blanche. Ces êtres aiment vivre au bord du Rhin.

Représentation d'une peinture de Clemens Brentano.
Peinture de Clemens Brentano. Émilie Linder. Vers 1835. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/

Différentes visions de La Lorelei

Il existe plusieurs perceptions de cette femme. Premièrement celle utilisée par le poète. Elle serait une femme déçue en amour. Cette version a été reprise par Guillaume Apollinaire. Elle est apparue dans son recueil de poèmes nommé Alcools. Il est édité en 1913.

La deuxième version est plus récente. Elle date de 1952. Nous pouvons retrouver cette image dans « Souvenirs d’Allemagne » de Gérard de Nerval. L’auteur peint Lorelei comme une sirène tentatrice. Sa beauté et sa voix confrontent à la mort et à la folie. C’est une nixe qui avec plusieurs autres ondines fréquente les bals de nuit. Elles sont particulièrement dangereuses. En effet, elles séduisent les jeunes gens qu’elles attirent irrésistiblement par leur beauté fatale. Ces nymphes les entraînent dans une danse mortelle jusqu’à l’étang voisin. Ces hommes, obsédés, tentent de les suivre, mais en vain. Ils se noient.

Ici, l’on peut faire un parallèle entre le mythe germanique et le ballet de Giselle. Ce ballet est un spectacle romantique en deux actes composés par Adolphe Adam. Dans celui-ci, Giselle, devient une wilis. Elle se change en un esprit condamné à danser éternellement. Elle entraîne les mortels dans une danse fâcheuse qui mènera à la mort. En 1824, Heinrich Heine reprend cette vision dans un poème. « Die Lore-Ley » sera mise en musique et popularisé par le compositeur Friedrich Silcher. Dans cet œuvre, il y ajoutera aussi la légende de Lorelei.

Laure Ley a été trompée par son amant. Sur le chemin du cloître, elle veut jeter un dernier regard du rocher sur son château. Alors qu’elle pense voir un bateau s’éloigner, elle tombe dans le fleuve. La femme symbolise en quelque sorte l’amour passionnel.

Représentation d'un portrait de Heinrich Heine par Moritz Daniel Oppenheim
Portrait de Heinrich Heine. Moritz Daniel Oppenheim. 1831. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/
Représentation d'une peinture de Friedrich Silcher et sa femme.
Peinture de Friedrich Silcher et sa femme. 1822. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/

Le rocher

On a vu que Lorelei tomba d’un rocher dans le fleuve. Cette pierre porte son nom. La falaise Lorelei culmine à cent trente-deux mètres au-dessus du Rhin. Situé à proximité de Saint-Goarshausen en Allemagne, il est maintenant un des sites touristiques les plus fréquentés. Excepté le danger qu’il peut y avoir, le lieu est d’une beauté à couper le souffle. De plus, la légende qui l’entoure lui ajoute un côté mystique. Par ailleurs, Saint-Goarshausen est un point particulièrement dangereux. En effet, les courants entre les rocs émergents sont relativement fort. D’ailleurs, l’on parle déjà des nombreux risques qu’il peut y avoir dès le Moyen-âge, notamment à cause des effets de siphons.

Au pied du rocher, se trouve l’endroit le plus étroit entre la Suisse et la mer du Nord. L’avancé de cette façade de pierre réduit d’un quart la largueur du fleuve. Ajoutez à ça un courant très violent et les nombreuses pierres immergées qui ont causé de multiples accidents de navigation et vous aurez l’atmosphère parfaite pour le mythe. Ce n’est pas tout, si l’on traduit le prénom de la femme en vieil allemand, nous pouvons obtenir l’écho du rocher. En effet, Lore voulant dire écho et Lei, rocher, nous avons là une autre raison qui vient ajouter un peu plus de mystères à la légende.

Représentation d'une photo du rocher Lorelei
Le rocher Lorelei. Source : https://stringfixer.com/fr/Lorelei

Les autres formes de la nixe d’Allemagne

Il existe plusieurs variations écrites par Brentano et d’autres. Le premier décrit Lorelei comme une femme blonde et malheureuse qui se peigne sur le rocher. C’est en 1810, dans son conte rhénan qu’elle apparaît pour la première fois. Il y a aussi d’autres formes qui la représentent. Un fantôme, une femme fatale, une allure semblable aux valkyries, mais aussi de nombreuses autres tournures dont certaines sont ironiques à partir du vingtième siècle.

Elle est également évoquée sous la configuration d’une fée du Rhin. Cependant, c’est surtout au travers de nombreuses chansons françaises comme « Lorelei Sebasto Cha » composée par Hubert-Félix Thiéfaine et mis en musique par Claude Mairet ou « Laura Lorelei » de Jacques Higelin ainsi que d’autres qu’elle aura cette forme.

Le mythe peut aussi avoir un côté psychologique. Effectivement, cette légende pourrait symboliser la puissance de nos sens qui supplante la raison. Elle entraîne l’homme dans des errements et des actions irrationnelles. En outre, l’on peut émettre l’hypothèse qu’elle symbolise l’être humain attiré par le chant des sirènes qui le conduit à sa perte.

Une rencontre

En 1951, plus précisément de juillet à septembre, La Lorelei fut le siège d’une rencontre européenne de la jeunesse. Voulant promouvoir le socialisme, les hauts-commissaires sollicitèrent le Conseil fédéral de jeunesse allemande. Ayant pour but d’organiser un événement favorisant l’approbation de l’esprit européen du jeune âge, ce sont quelque trente-cinq mille jeunes qui y ont participé.

De par un théâtre en plein air, 60 % d’Allemands, 20 % de Français et 10 % de britanniques ont pu participer à des conférences, des débats, des représentations théâtrales et des danses folkloriques. Ce sont là, des thèmes très variés qui ont été traités. Des relations internationales à la politique en passant par le social, le tout a été fait selon une approche centrée sur l’idée fédérale. En dernier lieu, un discours a été prononcé par Paul-Henri Spaak, président du Mouvement européen au moment là.

Représentation d'une photo en noir et blanc de Paul-Henri Spaak.
Photo de Paul-Henri Spaak datant de 1957. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/

Conclusion

Lorelei a eu le droit à nombre de représentations que ce soit en musique avec Paul McCartney, Scorpion, Nina Hagen ou plus récemment Laurent Voulzy en 2020. En peinture avec « Die Lorelei » d’Edward Von Steinle fait en 1864. Au cinéma via plusieurs films comme Las Garras de Lorelei qui est une version horrifique du récit sortit en 1974, en passant par l’opéra ou encore la littérature. D’ailleurs, c’est de par ce dernier domaine que le mythe à vu le jour.

La Lorelei est un personnage emblématique écrit par un poète du romantisme. Il fut créé dans une époque de développement du sentiment national notamment avec des figures féminines comme les valkyries. Grâce à elles, beaucoup de créations verront le jour. En définitive, c’est de par un ancien poème de 1801 inventé par Clemens Brentano et vraiment mis en lumière par Heinrich Heine en 1824 que ce mythe est arrivé jusqu’à nous.

Je ne sais pas ce que cela signifie
Que je sois aussi triste ;
Un conte des temps anciens
Ne me sort pas de l’esprit.

L’air est frais, et il fait sombre
Et calmement coule le Rhin
Le sommet de la montagne étincelle
Dans la lumière du soleil au crépuscule.

La plus belle jeune fille est assise
Là-haut merveilleusement
Ses bijoux d’or brillent,
Elle peigne ses cheveux d’or.

Elle les peigne avec un peigne d’or
Et chante une chanson en même temps
Qui est une étrange,
Puissante mélodie.

Ce chant saisit le batelier dans sa barque
avec une violence sauvage
Il ne voit pas le récif
Il regarde seulement là-haut, dans les hauteurs.

Je crois que les vagues engloutissent
À la fin le marin et la barque
Et cela avec son chant
La Lorelei l’a fait.

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