Estampe représentant le Graoully

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Saint-Clément et le dragon

L’on connaît tous la bête du Gévaudan, le yeti ou encore le monstre du Loch Ness, mais il existe nombre de bêtes mythiques en France ou ailleurs. Aujourd’hui, nous allons découvrir Le Graoully, un animal fabuleux qui aurait vécu dans la ville de Metz au troisième siècle de notre ère.

Les prémices du Graoully

C’est dans l’antiquité que cette histoire se serait passée. Metz, qui portait le nom de Divodorum, était encore une cité romaine. Cette ville puissante s’enrichit par des commerces florissants. Cependant, elle a une part d’ombre.

En effet, à l’entrée de la ville, se situe un amphithéâtre, aujourd’hui, c’est le centre Pompidou qui est placé plus ou moins à cet endroit. D’ailleurs, l’arrondissement a toujours gardé le nom du quartier de l’amphithéâtre. Dans les ruines de ce monument, se trouve une créature légendaire. Elle a une tête et un corps de dragon, arbore sur son dos des ailes de chauve-souris. Parsemée d’écailles étincelantes, son anatomie ne peut être transpercée par une arme humaine. Il a aussi de petites pattes trop courtes pour pouvoir marcher, mais avec des griffes acérées. De plus, il crache du feu. C’est une bête que personne n’ose approcher.

Une cité dans l’angoisse

Cette ville vit dans la peur. Effectivement, le Graoully sort à la nuit tombée et vole au-dessus de la ville à la recherche de proies. Ses préférées sont les enfants, toutes les nuits, il en mange quatre ou cinq. Or, ce ne sont pas là les seules victimes. Il aime aussi les personnes âgées. C’est une quinzaine de citoyens qui est dévorée dans la pénombre. Vous l’aurez compris chaque soir, une vingtaine de personnes disparaissent. Les Messins craignent pour leur vie, mais un jour, un homme arrive.

Représentation de la ville de Metz appelée auparavant Divodurum
Représentation de Divodurum, aujourd’hui Metz. Sources : https://commons.wikimedia.org/wiki/

Étymologie du mot Graoully

Avant d’aller combattre ce monstre, je vous propose de nous pencher sur l’origine de ce mot. L’appellation Graoully aurait des origines germaniques. Celles-ci sont attestées dans divers dialectes de Moselle germanophone. Ainsi, en allemand, ce serait Graulich ou Gruselich. Bien sûr, au fur et à mesure des siècles, cet adjectif, c’est décliné en plusieurs prononciations et orthographes. Toutes ces transformations donneront donc naissance à différentes manières d’écrire. Ainsi Graoully pourrait s’écrire Graully, Graouilly ou Graoulli. Derrière ces mots, il y a cependant les mêmes significations comme effrayant, terrifiant ou encore horrible. Une bonne définition du monstre.

Potentielle représentation du graoully.
Potentielle représentation du Graoully. Source : https://www.profartspla.info/images/lycee/Graoully

Combat contre le Graoully

Le calvaire de la ville de Metz devrait bientôt se terminer. En effet, comme dit plus tôt, un homme est venu pour aider la cité. Il s’appelle Saint-Clément, c’est l’évêque de Metz. L’homme avait reçu par l’évêque Saint-Pierre une mission. En effet, il devait convertir les païens au christianisme. Arrivé par Gorze au sud de la ville, il avait déjà produit un miracle. D’un simple geste de la main, il dispersa une meute de loups.

Le roi Orius et sa femme, impressionnés par cet exploit, l’invitèrent donc à Metz afin de ressusciter leur fille, morte. Saint-Clément s’exécuta. Ensuite, l’homme se dirigea vers l’amphithéâtre dont l’entrée était bloquée par des serpents. D’un simple signe de croix, ils devinrent des reptiles inoffensifs ce qui lui permit de pénétrer dans le lieu. Lorsque le Graoully le vit, il fonça sur l’évêque qui fit de nouveau un signe de la main pour l’arrêter. Surpris, le monstre se figea quelques instants, il n’en fallut pas plus pour que Saint-Clément l’attrape avec son étole et l’entoure. La bête ne peut plus bouger.

À partir de là, plusieurs légendes divergent. En effet, une version indique que l’homme le traîna, traversa la Seille et l’emmena vers l’Est dans une terre très lointaine. Un autre récit rapporte bel et bien que Saint-Clément attrapa avec sa toge le Graoully, le traîna vers la Seille, mais qui le noya. Chose plausible puisqu’il est mentionné que le dragon craignait l’eau, car il ne s’en approchait jamais. Dans tous les cas, que ce soit dans une histoire ou l’autre, après cet événement, plus personne n’entendit parler du monstre de l’amphithéâtre.

Représentation d'une illustration montrant Saint-Clément et le graoully.
Illustration de l’évêque Saint-Clément et du graoully. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/

La puissance du christianisme

Bien que cette histoire eut lieu au troisième siècle, ce n’est qu’au huitième siècle qu’on la découvre. En effet, Paul Diacre, poète, l’écrit dans ses « Gesta episcoporum Mettensium » entre 783 et 786. Les fondements de cette légende sont inspirés de plusieurs vies de Saints sauroctones. Ce sont des êtres locaux qui ont chassés, tués, soumis ou domptés des dragons, des vouivres, créatures légendaires ayant la forme d’un dragon bipède ou d’un serpent, ou encore des cocatrix, un animal fabuleux qui possède selon la légende une tête de coq, des ailes de chauves-souris et un corps de serpent ou de coq. L’histoire de ces hommes a permis d’écrire l’épisode du combat contre le serpent. Ce récit a été développé au Moyen-âge entre le onzième et le seizième siècle. Elle traduit le besoin de montrer la puissance du christianisme face au paganisme.

Représentations

La légende débute dans un amphithéâtre, lieu où il y avait des jeux, des combats et où on tuait des bêtes. Cet endroit débarrassé du Graoully montre la puissance du monde chrétien par rapport à un ancien temps sanguinaire et loin d’être reluisant. De plus, lors de cette même période, le plus grand, des serpents devient un dragon buveur de sang envoyé par Dieu pour punir les Messins de leurs débauches. L’on peut donc imaginer ces reptiles comme des démons ou des serviteurs de Satan qui sont vaincus par le seigneur représenté via Saint-Clément. C’est en quelque sorte le bien contre le mal. La lumière contre l’obscurité. Le christianisme contre les autres religions représentées ici par le Graoully et le serpent.

Représentation d'un manuscrit médiéval montrant Paul Diacre.
Manuscrit Médiéval représentant Paul Diacre. Source : https://fr.wikipedia.org

L’emblème d’une ville

Dans le passé, il y avait à la saint-marc, un défilé. Imaginez l’évêque de Metz sortir de la cathédrale entouré de chanoines et suivi par une effigie du Graoully. Cette cavalcade se promenait en place publique. À la fin de cette parade, les enfants étaient chargés de fouetter la bête pour se débarrasser du monstre qui hantait la ville.

Dans Metz, sont cachées plusieurs représentations comme dans la crypte de la cathédrale ou encore dans les tuiles de la gare. En effet, il semblerait qu’il y ait des écailles de dragon cachées. D’ailleurs, la plus vieille sculpture connue à ce jour se situe au 10 rue Chèvremont sur la maison du serpent. De plus, on peut le retrouver dans une bâtisse rue de La Marne à Sarrebourg et dans une salle du château du Haut-Koenigsbourg.

L’effigie du Graoully figure aussi sur les blasons du Football club de Metz. Ce groupement a une mascotte. C’est un dragon qui ressemble au Graoully mais, en bien moins effrayant. Elle porte le nom de Graillou. La bête est aussi placée sur la bannière du rugby club de Metz Moselle et du hockey club de cette même ville. Pour finir, elle est représentée sur l’écusson de l’école d’ingénieur de Metz et du Lycée Louis Vincent. Tout cela ajouté à des ateliers pour les enfants ainsi que sa présence dans l’art contemporain, donne à la légende une plus grande ampleur.

Représentation d'une photo montrant la mascotte du football club de Metz. Graillou, un dragon rouge et blanc.
Photo de la mascotte du Footbal club de Metz. Source : https://www.fcmetz.com

Conclusion

Finalement, la légende du Graoully à permise de faire connaître la ville de Metz. Bien qu’elle a eu, au fur et à mesure des siècles de nombreuses modifications, le message de cette histoire reste le même. Démontrer la puissance du Christianisme face aux autres religions. Ce mythe est encré définitivement dans les racines de la ville et de ses habitants qui avait pour habitude de dire « Taisons, taisons nous, voilà le graoully qui passe« . Ce dicton a d’ailleurs fini par donner son nom à la rue Taison où se trouve justement une grande effigie de cette bête.

Représentation d'une statue de dragon montrant le graoully. Elle est positionnée au dessus de la rue Taison.
Photo de la statue du graoully ce situant au dessus de la rue Taison.

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